Heurs et malheurs de Léopold ou la vie héroïque d’un gardien de phare

Note du metteur en scène

Je suis né dans un port et depuis mon enfance,
J’ai vu passer par là des pays bien divers.
Attentif à la brise et toujours en partance
Mon cœur n’a jamais pris le chemin de la mer
Je connais tous les noms des agrès et des mâts,
La nostalgie et les jurons des capitaines
Le tonnage et le fret des vaisseaux qui reviennent
Et le sort des vaisseaux qui ne reviendront pas
Je présume le temps qu’il fera dès l’aurore
La vitesse du vent et l’orage certain,
Car mon âme est un peu celle des sémaphores,
Des balises, leurs sœurs, et des phares éteints.

Jean de la Ville de MIRMONT

 

En tant qu’ancien chanteur lyrique, je connaissais Jean de la Ville de MIRMONT pour avoir travaillé « L’horizon chimérique », merveilleux cycle de mélodies composé par Gabriel FAURÉ au soir de sa vie. Que le grand FAURÉ se soit intéressé à ce jeune poète mort à vingt-sept ans ne laissait pas de me surprendre, et je me penchais donc sur les œuvres complètes de ce créateur trop tôt disparu. Je découvrais alors un poète sensible, mêlé d’influences diverses, où l’on devinait au détour des lignes la présence d’un BAUDELAIRE, dont il partageait la passion pour la mer et les voyages. Malheureusement il ne pourra jamais les assouvir, ayant été refusé par la marine pour une déficience visuelle qui aurait pu le mener à la cécité. Il resta alors sur les quais de Bordeaux, rêvant d’ailleurs qu’il ne connaîtrait jamais, en regardant les vaisseaux se lancer dans l’estuaire.

Mêlant alors FAURÉ avec DUPARC, qui composa sur des poèmes de BAUDELAIRE, je revisitais « L’HORIZON CHIMÉRIQUE » en musique et en paroles, au travers d’une conversation parallèle entre ce jeune homme et un gardien de phare imaginaire. La guerre et les tempêtes, la solitude et le dévouement, deux vies abandonnées à la survie des autres et la folie des hommes.

 

« Surpris dans l’attitude du combat, la tête levée, l’arme en avant, prêt à bondir… La mort a fixé Jean de la Ville dans cette attitude, pour l’éternité » disait François Mauriac, son ami. Léopold, le gardien poète, chante la gloire de ce jeune Bordelais, mort de n’avoir pas su se contenter d’une vie qu’il trouvait banale, et dont l’âme était celle des héros.
Un spectacle écrit et mis en scène par Daniel ESTEVE.