Les amis de Monsieur

Un grenier poussiéreux, un gramophone, un enfant d’aujourd’hui qui, en le mettant en marche, réveille un temps que plus personne n’a pu connaître, un temps où les tournées théâtrales se faisaient en carrioles, où l’on chantait dans la rue les refrains de MAYOL de FRAGSON et de Vincent SCOTTO, où les chanteuses, femmes libres et réputées de mauvaise vie, héritières des demi-mondaines, portaient le nom d’étoiles parisiennes.

Puis vient FRAGSON, chansonnier, malheureusement disparu très jeune assassiné par son père, qui, étant épris de la même femme que lui et n’ayant pas un sens de la famille très développé, choisit d’aller au plus simple pour conserver sa bien-aimée !

Témoin de ces temps passés, un accordéoniste de rue les accompagne, récoltant sa maigre pitance en vendant ses airs dans un Paris encore fier de ce progrès tout neuf qui fait sa splendeur.
Mais le spectre de la guerre menace et l’Europe est prête à s’enflammer encore une fois. Les jeunes soldats, enthousiastes, partent la fleur au fusil, pour un massacre qu’ils ne soupçonnent pas, et qui laissera un vaste champ de ruine.

Pourtant la France se reconstruit et les rythmes Américains envahissent les cabarets parisiens. C’est alors le temps du charleston et des garçonnes, le temps de la liberté et de la fête. Joséphine BAKER et Duke ELLINGTON débarquent à Paris tandis que BERTHOLY coule des jours paisibles dans sa maison des bords de Marne, ayant troqué ses habits de lumière contre ceux de mère de famille comblée.

Mais le répit est de courte durée, et le spectre de la mort menace à nouveau. Bientôt l’occupation allemande jette un voile terne sur une France en plein essor artistique et industriel.
Durant ces années noires va naître une petite fille qui se blottit bientôt dans les bras rassurants de cette grand-mère, qui lui raconte des histoires de théâtres et de chansons qui lui font ignorer la dureté d’une guerre désormais mondiale. Quand l’enfant s’endort, BERTHOLY apporte un peu de réconfort aux prisonniers qu’elle approche parfois au péril de sa vie.

La libération, la victoire en chantant, les années d’après-guerre. BERTHOLY devient une vieille dame indigne, toujours aussi espiègle, taquine et flamboyante, qui dit encore et toujours ses chansons et ses gloires à cette petite fille devenue jeune femme. Et puis cette grand-mère adorée s’éteint, lui laissant des souvenirs qu’elle racontera à son tour à un fils qui reprendra le flambeau et chante aujourd’hui la vie de son aïeule qu’il n’a pas connue, mais qui lui a légué le plus beau des messages : « En France, tout finit toujours par des chansons ».